
À la recherche du Codex Amrensis 22 : l’enquête derrière une monographie
La publication de ma monographie Le Codex Amrensis 22. Histoire et analyse d’un manuscrit coranique ancien chez Brill marque l’aboutissement d’une enquête commencée il y a plus de dix ans.
Lorsque j’ai commencé à étudier ce manuscrit, durant mon master puis ma thèse, je n’avais accès qu’à une cinquantaine de feuillets conservés dans la collection de la Bibliothèque nationale de France. Pourtant, tout indiquait qu’ils appartenaient à un ensemble beaucoup plus vaste : un immense Coran ancien découvert dans la mosquée de ʿAmr à Fusṭāṭ (Le Caire) et dont les feuillets étaient dispersés dans plusieurs institutions.

En 2020, j’ai obtenu une subvention du Bureau des Cultes du Ministère de l’Intérieur pour enfin aller voir les autres feuillets de ce manuscrit et en proposer une analyse globale. Malgré les difficultés liées au contexte sanitaire mondial, j’ai pu entreprendre un véritable voyage à travers les collections qui conservent encore des parties de ce manuscrit exceptionnel.
Au total, ce sont plus de 900 feuillets que j’ai examinés à Paris, Gotha, Le Caire, Istanbul et Detroit. Ce corpus sans précédent a permis de reconstituer une grande partie de l’histoire matérielle du codex, depuis sa production jusqu’à sa dispersion moderne.
L’un des moments les plus marquants de cette enquête fut l’accès aux collections de la légendaire Dār al-Kutub au Caire. Après des années de travail sur les fragments européens, j’ai enfin pu étudier plusieurs centaines de feuillets conservés en Égypte. Cette étape a profondément renouvelé notre compréhension du manuscrit et de sa transmission.

Quelques mois plus tard, une découverte inattendue est venue enrichir le dossier : un feuillet conservé au Detroit Institute of Arts, catalogué comme une prétendue contrefaçon du début du XXe siècle, s’est révélé appartenir au Codex Amrensis 22. Cette identification a permis d’ajouter une nouvelle pièce au puzzle, de mieux comprendre la dispersion internationale du manuscrit, mais surtout de tisser des liens avec une super équipe sur place: conservateurs et scientifiques se sont démenés pour fournir un examen des encres et du parchemin. Aujourd’hui, leur folio n’est plus catalogué comme une imitation mais bien comme un original. 🙂

L’enquête s’est poursuivie à Istanbul, au musée TIEM, où étaient conservés les derniers feuillets de l’ensemble. Pour la première fois, il devenait possible d’avoir une vision globale de ce monument de la culture manuscrite islamique.

Bien sûr, ces analyses n’ont pas donné des résultats immédiats. Il a fallu retourner au Caire, puis à Istanbul, à Gotha pour réexaminer l’ensemble. L’analyse codicologique et paléographique a notamment montré que le Codex Amrensis 22 n’est pas un manuscrit unique, mais le résultat de l’assemblage de deux manuscrits distincts intervenu à un moment tardif de leur histoire. L’étude des variantes textuelles, des décors et la datation par le radiocarbone a également permis de renouveler en profondeur notre connaissance de cet ensemble exceptionnel.
Cette monographie présente les conclusions de cette enquête et retrace le parcours fascinant d’un manuscrit qui, plus de treize siècles après sa production, continue de révéler de nouveaux secrets.




